Bethmale - La légende des sabots de Bethmale

 

C’était vers l’an mil. les "Mores" ne cessaient de porter les armes dans les vallées pyrénéennes, sous la conduite de leur chef Al-Mansour.

Dans la vallée de "Valmale" (Bethmale), ils avaient pris le château fort de Brame-Vaque et se conduisaient en conquérants exigeants.

Ces "Mores" avaient grande allure, étaient des guerriers cruels et voluptueux ; ils s’imposèrent bientôt à la population "faible", les femmes et les vieux, et peu à peu la vie s’organisa avec beaucoup de fêtes et de danses, qui réjouirent maintes jeunes filles...Les sabots bethmalais

Hélas, combien de coeurs de jeunes bethmalais furent ainsi torturés, délaissés ? Beaucoup sans doute car peu à peu on ne les vit plus redescendre des "bourdaous". Ils restaient tous là -haut. Réunis dans la souffrance et la haine, ils travaillaient à décupler leurs force et leur agilité, ruminant une vengeance terrible. Chacun forgeait son arme : arc, flêches, épieux, lances. Un seul obstinément, creusait une paire de sabots... mais la pointe en était longue et effilée et tous de s’en moquer.

Un jour des émissaires venant de la plaine leur annoncèrent que les "Mores" avaient subi une grande défaite vers la Méditerranée et qu’au village ils dansaient et buvaient encore toutes les nuits...

Ce fut décidé : tous furent debout, armés et sans bruit, descendirent de la montagne.

Tout dormait dans l’alcool... tout fut massacré sans réveil.

Au petit jour, au son d’un "hillet" vainqueur tous les jeunes gens défilèrent dans les villages, portant sur leurs épieux les têtes des vaincus.

Pâle et maigre, le premier avait sur la pointe hautement effilée de ses sabots, deux morceaux de chair sanguinolante... Les coeurs de sa fiancé et de son séducteur...

"Aouito pla aco, catin ! E qué servichio dé léçoun !"
(Regardez bien, filles infidèles ! Que cela vous serve de leçon !)

Et l’histoire raconte que la leçon ne dura pas longtemps... mais que depuis ce jour, le "noubio" (fiancé) les offre à sa fiancé avec un coeur gravé au bas de la longue pointe.

Cric-crac, moun coundé es acabatch !

 

 

Bethmale - La légende du costume bethmalais

 

C’était un soir d’été, vers 1600... Du col de la Core au fond de la vallée, la paix s’étendait doucement... Les loups n’étaient pas encore en chasse et les rares bergers avaient rassemblé hâtivement leurs maigres troupeaux dans les "barguéros déras oueillos" [1] aidés par les chiens vigilants qui portaient à leur cou le redoutable"escouraous" [2].

C’était l’heure où les sonnailles s’apaisaient lentement. Assis devant les "bourdaous" [3], puisant parcimonieusement dans le "tusset" un peu de "hourmadgé routch" [4] les bergers prenaient leur frugal repas avant de prendre un repos bien gagné sur le "ténis" fait de branches de sapin...

... et c’est alors qu’une rumeur étrange arriva peu à peu... s’emplifia, incompréhensible : elle venait du col de la Core... du bruit, des cris, des cliquetis... la peur s’empara de ces êtres simples, les cloua sur place dans un débordement de signes de Croix. Ils attendaient, marmottant des prières, regardant sans comprendre.

"Moun Diou det Cèou !! Yo imbasio !!"

La rumeur bougeait, se découpait dans le ciel sur le sentier étroit venant d’Espagne et peu à peu surgit une file de cheveaux lourdement chargés, petits, trapus crinières et queues au vent.

Un ordre bref, toute la caravane fait halte. Un homme s’avance, richement vêtu. Il s’arrête, ému, devant les bergers et leur parle.. dans leur langue :

"Adissiats toutis ! E noun conéchès cap ? Jouanissou !!" [5]

Le sang remonte au coeur des bergers et tous l’entourent, heureux de revoir celui qui était parti depuis si longtemps.

Il avait bien changé, Jouanissou, depuis qu’il avait quitté la vallée pour suivre une troupe de marchands qui s’en revenaient en Grèce. Là, comme tous les montagnards, il s’était vite habitué aux coutumes de ces peuples. Le commerce l’avait enrichi et il avait suivi la coutume de envahisseurs Turcs : il avait son harem.

Mais le mal du pays le prit et il décida de revenir chez lui en commerçant. Il choisit alors 12 de ses plus belles femmes, 30 de ses chevaux [6] les plus endurants et 12 de ses plus belles chèvres et se mit en route avec ses nombreux bagages et serviteurs. maintenant, il était heureux d’être enfin arrivé.

Toute la vallée lui fit fête : il établit son premier camp sur un promontoire d’où l’on pouvait surveiller toute la vallée. C’est aujourd’hui l’emplacement du village de "Villargein".

Peu à peu, les fils, les filles, les petits-fils, arrière-petits-fils peuplèrent toute la vallée. Ces mariages consanguins gardèrent aux habitants une pureté de ligne, une beauté longtemps gardée, enrichie encore par le costume si beau et si riche en couleurs et broderies.
Petites filles de Bethmale (1903)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Ils cultivèrent le chanvre et le lin, tissèrent leurs étoffes et restèrent ainsi maîtres cjez eux dans la même pureté sanguine.

Les quelques chèvres de race pure [7] qu’ils avaient amenées de Grèce se multiplièrent aussi et l’on pouvait en compter plus de 6000 dans la vallée.

Tout était prospère et ils auraient pu être heureux.

Hélas, ces mœurs inaccoutumés scandalisèrent les habitants des vallées voisines, qui mirent la vallée au ban de l’humanité et nommèrent la vallée "Vallée maudite" [8] ce qui isola encore plus ses habitants, et c’est peut-être pour cela que nous avons encore le joli costume que personne d’autre ne porte dans la région et qu’on nous appelle des "Bethmalais" !

Cric-crac, moun coundé es acabatch !

Extrait de : La vallée de Bethmale (Ariège-Pyrénées) : légendes, souvenirs, réalités, J.BEGOUEN 1962-1965

 

 

 

La légende du Castel de Brame-Vaque

 

C’était il y a bien longtemps, au temps des seigneurs...

Le château fort était occupé, et dans toute la vallée on entendait "bramer" [1] tous les soirs une vache au pieds du château.

On ne savait pourquoi, car on ne s’approchait pas volontiers de ces lieux.

Pourtant, un jour on apprit que les seigneurs tuaient chaque semaine un veau et les vaches peu habituées à de tels massacres, manifestaient ainsi leur douleur : comme à cette époque les "manants" ne mangeaient jamais de viande, ils donnèrent par dépit le nom de "Brame-Vaque" au château.

Et le temps passa, et un jour de révolution le château fût brûlé : les romiguières (ronces) recouvrirent les ruines...

Un matin, les pâtres virent une jeune fille aux cheveux blonds escalader le sentier que prennent les chèvres pour aller brouter dans ces ruines ; ils ne la connurent pas et ne savaient d’où elle venait...

Arrivée dans l’enceinte du château, elle frappa trois fois sur le rocher. Aussitôt, une bête hideuse sortit de terre, ses yeux lançaient des éclairs :

"Que cherches-tu ici ?

"Je suis la fille des anciens maîtres de ces lieux, et je cherche le trésor que mon père a enterré là."

"Je suis le gardien de ce trésor, je puis te le donner et te combler d’honneurs et de richesses. Mais avant, je te demanderais de m’accorder une faveur !"

"Je suis pauvre et ne possède rien."

"Je te demande seulement la permission de déposer sur ton front un baiser."

Glacée d’horreur, la jeune fille poussa un cri et s’enfuit. Elle descendit le sentier et cherchant un refuge contre la séduction du hideux tentateur, arriva plus morte que vive, devant la première chaumière, suppliant qu’on la laissât entrer.

Pris de compassion, les bergers lui firent une place au coin du feu, lui offrant du lait, et quand elle put parler, leur raconta, ce que vous venez de lire. Elle s’endormit ensuite tellement était grande sa fatigue.

Sans bruit, tous partirent à leurs travaux ; et quand ils revinrent le soir, la jeune fille avait disparu sans être vu de personne.

Cric-crac, moun coundé es acabatch !

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